Stéthoscope et documents médicaux

Barème d'indemnisation accident : les fourchettes des référentiels indicatifs

Référentiel Mornet, référentiel ONIAM, référentiels des cours d'appel : les fourchettes couramment relevées poste par poste, leur portée juridique, et pourquoi elles ne constituent jamais un tarif.

Par Henry Houlier, directeur de la publicationHH Conseil
Publié le · Mis à jour le

N'est pas avocat et ne délivre aucun conseil juridique : les articles exposent des règles générales, jamais l'appréciation d'une situation particulière. Comment ces contenus sont écrits et vérifiés.

Une fois l'expertise médicale réalisée et les séquelles décrites, une question demeure : sur quelles bases chaque poste de préjudice est-il évalué ? La nomenclature Dintilhac répond au « quoi » : elle énumère les postes indemnisables. Elle ne dit rien du « combien ». Ce sont les référentiels qui fournissent, en pratique, des repères aux professionnels.

Aucun barème officiel ne s'impose

C'est le point à comprendre avant tout autre. Il n'existe en droit français aucun barème officiel et contraignant fixant la valeur des postes de préjudice corporel. Le principe directeur reste celui de la réparation intégrale : réparer tout le préjudice, rien que le préjudice, sans que la victime s'enrichisse ni s'appauvrisse. Chaque situation est appréciée pour elle-même.

Les référentiels n'ont d'autre objet que d'harmoniser des pratiques qui, sinon, varieraient d'une juridiction à l'autre. Ils ne lient jamais le juge, qui conserve l'intégralité de son pouvoir d'appréciation.

Le référentiel Mornet, l'outil le plus consulté

Publié pour la première fois en 2013 et actualisé régulièrement, ce recueil rassemble, pour chaque poste de la nomenclature Dintilhac, des fourchettes issues de la jurisprudence des cours d'appel. Avocats, médecins-conseils, experts et assureurs s'y réfèrent — mais rarement dans le même sens : l'assureur tend à s'appuyer sur le bas des fourchettes, la victime à défendre le haut.

Sa portée doit être correctement comprise : il s'agit d'un instrument de travail, dépourvu de valeur légale contraignante. Aucune partie ne peut l'opposer à l'autre comme s'il s'agissait d'un tarif.

Les autres repères en circulation

À côté de cet outil coexistent d'autres références :

  • le référentiel indicatif de l'ONIAM, utilisé pour l'indemnisation des accidents médicaux, dont les évaluations peuvent différer de celles retenues par les juridictions ;
  • des référentiels propres à certaines cours d'appel, qui reflètent des pratiques locales.

Ces outils convergent souvent, mais pas toujours. Savoir lequel a été appliqué à un dossier fait partie de l'examen d'une proposition.

La logique d'évaluation, poste par poste

Chaque poste obéit à sa propre logique. Pour le déficit fonctionnel permanent, l'évaluation combine le taux fixé par l'expert et une valeur qui varie selon la gravité de l'atteinte et l'âge de la victime. Pour les souffrances endurées ou le préjudice esthétique, cotés sur une échelle de 1 à 7, chaque degré correspond à une fourchette. Deux dossiers médicalement proches peuvent aboutir à des évaluations différentes selon l'âge, la situation et la qualité de l'argumentation.

Les fourchettes couramment relevées

Ces référentiels étant publics, il n'y a pas de raison d'en tenir le contenu hors de portée des personnes qu'il concerne. Les tableaux ci-dessous reproduisent les ordres de grandeur les plus fréquemment relevés pour quatre postes centraux. Ils servent à situer une proposition, non à calculer une indemnité.

Des repères documentaires, pas une estimation

Ces fourchettes sont reproduites à titre documentaire. Elles n'ont aucune valeur légale contraignante, ne lient ni l'assureur ni le juge, et ne préjugent d'aucune situation individuelle. Le principe applicable demeure la réparation intégrale, appréciée au cas par cas.

Fourchettes relevées dans les référentiels indicatifs — dernière vérification : 20 août 2026.

Souffrances endurées

Cotation de 1 à 7

Degré / tauxSituation viséeFourchette observée
1 / 7Très léger1 000 à 2 000 €
2 / 7Léger2 000 à 4 000 €
3 / 7Modéré4 000 à 8 000 €
4 / 7Moyen8 000 à 20 000 €
5 / 7Assez important20 000 à 35 000 €
6 / 7Important35 000 à 55 000 €
7 / 7Très important55 000 € et au-delà

L'écart entre deux degrés voisins se compte en dizaines de milliers d'euros sur le haut de l'échelle : la cotation retenue à l'expertise est, à elle seule, un enjeu majeur du dossier.

Déficit fonctionnel permanent (valeur du point)

Euros par point de DFP

Degré / tauxSituation viséeFourchette observée
Taux de 1 à 5 %Victime de plus de 60 ans900 à 1 300 €
Taux de 1 à 5 %Victime de moins de 30 ans1 300 à 1 800 €
Taux de 10 à 15 %Victime d'âge moyen1 700 à 2 400 €
Taux de 20 à 35 %Victime de moins de 40 ans2 700 à 3 900 €
Taux supérieur à 50 %Victime jeune4 000 € et au-delà

La valeur du point n'est pas un tarif : elle traduit une pratique. Deux paramètres la commandent — le taux, parce qu'une atteinte lourde retentit plus que proportionnellement sur la vie quotidienne, et l'âge, parce que la durée pendant laquelle la victime supportera le déficit entre dans l'appréciation.

Déficit fonctionnel temporaire

Par jour

Degré / tauxSituation viséeFourchette observée
Total (100 %)Hospitalisation, alitement complet25 à 30 € par jour
Partiel (75 %)Gêne très importante19 à 23 € par jour
Partiel (50 %)Gêne importante13 à 15 € par jour
Partiel (25 %)Gêne modérée6 à 8 € par jour

Le poste se calcule en multipliant le tarif journalier par le nombre de jours retenus par le médecin pour chaque classe de déficit. Une période mal documentée est une période non indemnisée.

Assistance par tierce personne

Taux horaire retenu

Degré / tauxSituation viséeFourchette observée
Aide non spécialiséeEmploi direct, aide d'un proche13 à 18 € de l'heure
Aide non spécialiséeRecours à un prestataire20 à 25 € de l'heure
Aide spécialiséeSoins ou surveillance qualifiés25 à 35 € de l'heure

L'aide apportée par un membre de la famille est indemnisable sans facture. Les juridictions retiennent en général une année de 412 jours pour tenir compte des congés et remplacements, et n'appliquent pas d'abattement au motif que l'aide est familiale.

D'autres postes — préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'affection — obéissent à la même logique de fourchettes. La page indemnité accident de la route en rassemble un panorama plus complet.

Trois précautions de lecture

  • Une fourchette n'est pas un dû. Le positionnement à l'intérieur d'une fourchette dépend de l'âge, de la situation personnelle et professionnelle, et de la manière dont le poste a été documenté.
  • Les postes ne s'additionnent pas mécaniquement. La créance des organismes sociaux se déduit du total, poste par poste, ce qui explique l'écart fréquent entre le montant évalué et la somme perçue.
  • Les éditions se succèdent. Les référentiels sont réactualisés et leurs fourchettes revalorisées : une valeur citée sans son édition n'a pas grand sens.

À quoi cela sert, concrètement

Comparer une offre poste par poste aux repères en usage est le moyen le plus sûr de repérer une proposition sous-évaluée. Un poste absent, ou manifestement écarté des pratiques constatées, justifie une discussion. C'est souvent sur les postes extrapatrimoniaux — préjudice d'agrément, préjudice sexuel, souffrances endurées — que les propositions amiables sont les plus faibles (voir contester une offre insuffisante).

Cette comparaison suppose toutefois une lecture technique du dossier médical et des pièces justificatives. Elle relève d'un avocat, seul habilité à apprécier une situation individuelle.

Questions fréquentes

Existe-t-il un barème officiel d'indemnisation du préjudice corporel ?
Non. Aucun barème officiel et contraignant ne fixe la valeur des postes de préjudice. Le principe applicable est celui de la réparation intégrale, qui suppose une appréciation propre à chaque situation. Les référentiels en circulation sont de simples instruments d'harmonisation.
Combien vaut un point de déficit fonctionnel permanent ?
Il n'existe pas de valeur unique. Les référentiels indicatifs font varier la valeur du point selon le taux retenu et l'âge de la victime, avec des ordres de grandeur allant d'environ 900 € pour un taux faible chez une victime âgée à plus de 4 000 € pour un taux élevé chez une victime jeune. Ces fourchettes n'ont aucune valeur contraignante et ne préjugent d'aucune situation individuelle.
Le référentiel Mornet s'impose-t-il à l'assureur ou au juge ?
Non. Il s'agit d'un recueil de fourchettes issues de la jurisprudence, dépourvu de valeur légale contraignante. Le juge conserve son pouvoir d'appréciation, et aucune partie ne peut l'opposer à l'autre comme un tarif.
Pourquoi deux dossiers similaires aboutissent-ils à des évaluations différentes ?
Parce que l'évaluation tient compte de l'âge de la victime, de sa situation personnelle et professionnelle, du caractère définitif des séquelles et de la manière dont chaque poste a été documenté. La réparation intégrale exclut toute application automatique.

Sources et références

Textes et documents consultés pour écrire cet article, dans leur version publique. Notre méthode de vérification.

Cet article a une vocation strictement informative. Il ne constitue pas un conseil juridique. L'application des règles présentées à une situation particulière relève d'un avocat.

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