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Morsure de chien : qui indemnise la victime ?

Morsure ou dommage causé par un animal : la responsabilité de plein droit du propriétaire (article 1243 du code civil), les causes d'exonération, les démarches immédiates et l'évaluation du préjudice esthétique.

Par Henry Houlier, directeur de la publicationHH Conseil
Publié le

N'est pas avocat et ne délivre aucun conseil juridique : les articles exposent des règles générales, jamais l'appréciation d'une situation particulière. Comment ces contenus sont écrits et vérifiés.

Réponse courte

L'article 1243 du code civil rend le propriétaire de l'animal — ou celui qui s'en sert — responsable de plein droit du dommage causé, qu'il ait ou non commis une faute, et même si l'animal s'était échappé. C'est son assurance de responsabilité civile, généralement comprise dans la multirisque habitation, qui indemnise. Seule une cause étrangère, comme une faute de la victime, peut réduire ou écarter cette responsabilité.

C'est l'un des rares cas, hors régime spécial, où la victime n'a rien à prouver d'autre que le fait de l'animal et son dommage.

Une responsabilité objective

Le texte est ancien et sa formulation reste large : le propriétaire d'un animal, ou celui qui s'en sert pendant qu'il est à son usage, est responsable du dommage que l'animal a causé, que l'animal fût sous sa garde, ou qu'il fût égaré ou échappé.

Aucune faute n'a donc à être démontrée : ni défaut de surveillance, ni absence de muselière, ni manquement à une obligation de déclaration. La victime établit le fait de l'animal et son préjudice ; c'est tout.

La responsabilité pèse sur le gardien de l'animal au moment des faits. Elle peut donc se déplacer vers la personne à qui l'animal avait été confié — un promeneur, une pension — qui en avait alors l'usage, la direction et le contrôle.

Ce qui peut réduire l'indemnisation

Le propriétaire ne peut s'exonérer qu'en établissant une cause étrangère : force majeure, fait d'un tiers, ou faute de la victime.

C'est ce dernier point qui est le plus souvent opposé : provocation de l'animal, intrusion dans une propriété close et signalée, geste imprudent envers un chien manifestement agressif. Une faute simple de la victime réduit l'indemnisation à proportion ; seule une faute présentant les caractères de la force majeure l'exclut entièrement.

L'âge de la victime pèse ici : la jurisprudence apprécie plus strictement la faute reprochée à un jeune enfant, ce qui est loin d'être neutre puisque les morsures les concernent souvent.

Les démarches, dans l'ordre

  • Soins immédiats et certificat médical initial décrivant précisément les plaies, leur localisation et leur profondeur — les photographies datées sont ici particulièrement utiles.
  • Identifier le propriétaire et relever ses coordonnées ainsi que celles de son assureur ; recueillir les coordonnées des témoins.
  • Déclarer en mairie. Toute morsure doit être déclarée par le propriétaire, qui doit faire procéder à une évaluation comportementale de l'animal et à une surveillance vétérinaire — trois visites destinées à écarter le risque rabique.
  • Déposer plainte si les circonstances le justifient : une blessure causée par un animal dont le gardien a manqué à une obligation de sécurité peut constituer une infraction, ce qui ouvre une voie pénale parallèle.
  • Déclarer à son propre assureur au titre d'une éventuelle garantie accidents de la vie ou protection juridique.

L'évaluation du préjudice

La réparation est intégrale et suit la nomenclature Dintilhac. Deux postes sont ici régulièrement sous-évalués.

Le préjudice esthétique : les morsures laissent des cicatrices, souvent au visage chez l'enfant, et il faut distinguer le préjudice esthétique temporaire du permanent, ce dernier ne s'appréciant qu'après stabilisation, parfois après reprise chirurgicale.

Le retentissement psychologique : phobie durable, troubles du sommeil, évitement. Il relève des souffrances endurées et, s'il persiste après consolidation, du déficit fonctionnel permanent. Chez un enfant, il justifie souvent de différer la consolidation.

Le cadre général figure sur notre page accident de la vie courante. L'appréciation d'une situation particulière relève d'un avocat.

Questions fréquentes

Le propriétaire est-il responsable même si son chien s'était échappé ?
Oui. L'article 1243 vise expressément l'animal égaré ou échappé : la responsabilité du propriétaire subsiste, précisément parce qu'elle ne repose pas sur une faute de surveillance mais sur la garde de l'animal.
Faut-il que le chien soit d'une catégorie dite dangereuse ?
Non. Le régime de l'article 1243 s'applique à tout animal, quelle que soit sa race ou sa taille. La classification en catégories emporte des obligations administratives propres — déclaration, permis de détention, muselière — dont le manquement peut caractériser une infraction, mais elle ne conditionne pas le droit à réparation.
Que faire si le propriétaire n'est pas assuré ?
Il reste personnellement tenu, mais son insolvabilité prive en pratique de l'indemnisation. Restent alors une éventuelle garantie accidents de la vie et, lorsque les faits sont constitutifs d'une infraction pénale, la voie de la commission d'indemnisation des victimes d'infractions.
Un enfant mordu est-il indemnisé de la même façon ?
Le fondement est identique, mais deux particularités jouent : la faute reprochée à un jeune enfant est appréciée plus strictement par les juges, et la consolidation est souvent différée jusqu'à la fin de la croissance, notamment pour l'évaluation des cicatrices.

Sources et références

Textes et documents consultés pour écrire cet article, dans leur version publique. Notre méthode de vérification.

Cet article a une vocation strictement informative. Il ne constitue pas un conseil juridique. L'application des règles présentées à une situation particulière relève d'un avocat.

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