Statue de la justice

Accident non responsable : quelle indemnisation, et quel montant ?

« Non responsable » est une notion d'assurance, pas une condition légale. Sous la loi Badinter, c'est l'implication d'un véhicule qui ouvre le droit à réparation — et ce que cela change réellement sur le montant.

Par Henry Houlier, directeur de la publicationHH Conseil
Publié le

N'est pas avocat et ne délivre aucun conseil juridique : les articles exposent des règles générales, jamais l'appréciation d'une situation particulière. Comment ces contenus sont écrits et vérifiés.

Réponse courte

Être « non responsable » ne conditionne pas le droit à indemnisation du dommage corporel : ce qui l'ouvre, c'est l'implication d'un véhicule terrestre à moteur dans l'accident. Le montant obéit au principe de réparation intégrale, poste par poste, et non à un pourcentage de responsabilité. Ce que le statut de la victime change vraiment, c'est autre chose : être conducteur ou non.

C'est probablement le malentendu le plus répandu en matière d'accidents de la route. Le vocabulaire des constats et des courriers d'assurance — « responsable », « non responsable », « 50/50 » — n'est pas celui de la loi qui gouverne l'indemnisation du dommage corporel.

« Non responsable » : un vocabulaire d'assurance

Ces catégories viennent des conventions passées entre assureurs, au premier rang desquelles la convention IRSA, qui organise l'indemnisation directe de l'assuré et les recours entre compagnies. Elles servent à répartir la charge financière entre assureurs et à déterminer l'effet sur le coefficient de réduction-majoration — le bonus-malus.

Deux conséquences en découlent, et elles sont contre-intuitives :

  • ces conventions sont inopposables à la victime : elles règlent les rapports entre professionnels de l'assurance, pas les droits de la personne blessée ;
  • elles concernent essentiellement les dommages matériels. Le dommage corporel relève d'un tout autre régime.

Ce qui ouvre réellement le droit : l'implication

L'article 1er de la loi du 5 juillet 1985 pose la règle : le régime s'applique aux victimes d'un accident de la circulation dans lequel est impliqué un véhicule terrestre à moteur. Le mot compte.

L'implication est une notion plus large que la causalité. Un véhicule peut être impliqué sans avoir causé le choc, sans avoir commis la moindre faute, et même sans être en mouvement : un véhicule régulièrement stationné qui intervient dans la survenance de l'accident est impliqué. La jurisprudence retient cette conception extensive, précisément pour éviter que la victime n'ait à démonter les circonstances.

Conséquence pratique : la victime n'a pas à prouver la faute de qui que ce soit. Elle établit l'implication d'un véhicule, et l'assureur de ce véhicule doit répondre. C'est ce que détaille notre article sur le cadre légal de l'indemnisation.

La vraie ligne de partage : conducteur ou non

Ce n'est pas « responsable / non responsable » qui structure le régime, mais la qualité de la victime.

Les non-conducteurs — piétons, cyclistes, passagers, utilisateurs d'engins de déplacement personnel motorisés — relèvent de l'article 3. Leur indemnisation ne peut être réduite ou exclue qu'en cas de faute inexcusable ayant été la cause exclusive de l'accident, deux conditions cumulatives que les tribunaux apprécient très restrictivement. Les victimes de moins de seize ans, de plus de soixante-dix ans, ou titulaires d'un taux d'incapacité d'au moins 80 %, ne peuvent se voir opposer que leur faute intentionnelle.

Les conducteurs relèvent de l'article 4 : leur propre faute peut limiter ou exclure l'indemnisation de leurs dommages. C'est là, et là seulement, que la notion de faute joue réellement — et elle s'apprécie à proportion de sa gravité et de son rôle causal, non par application d'un barème. Notre article sur la faute opposée à la victime détaille ce mécanisme.

Un passager d'un véhicule dont le conducteur est « responsable » est donc, lui, une victime pleinement protégée : la faute de celui qui le transportait ne lui est pas imputable.

Et si personne d'autre n'est en cause ?

Sortie de route, perte de contrôle, accident sans tiers identifié : la loi Badinter ne joue pas au profit du conducteur seul en cause, puisqu'il n'existe aucun autre véhicule impliqué. D'autres voies existent alors :

Sur le montant, ce que « non responsable » ne change pas

Une fois le droit à indemnisation ouvert, le montant ne se calcule pas en appliquant un pourcentage de responsabilité à une somme forfaitaire. Il résulte de l'évaluation de chaque poste de préjudice, selon la nomenclature Dintilhac et le principe de réparation intégrale : tout le préjudice, rien que le préjudice.

Deux mécanismes s'appliquent quel que soit le statut de responsabilité, et ils expliquent l'essentiel des écarts entre le montant évalué et la somme perçue :

Les fourchettes relevées dans les référentiels indicatifs, poste par poste, sont reproduites sur notre page indemnité accident de la route. Elles documentent des pratiques ; elles ne préjugent d'aucune situation individuelle.

Le partage de responsabilité, lorsqu'il existe

Lorsqu'un partage est retenu à l'encontre d'un conducteur, il ne s'applique pas uniformément : la réduction porte sur l'indemnisation de ses propres dommages, et sa proportion se discute au regard des circonstances établies. Une affirmation portée dans un courrier d'assureur ne vaut pas démonstration — la preuve de la faute incombe à celui qui l'invoque.

Déterminer si une réduction est fondée dans une situation donnée suppose l'examen du procès-verbal, des constatations matérielles et des pièces médicales. Cet examen relève d'un avocat.

Questions fréquentes

Être non responsable garantit-il une meilleure indemnisation ?
Pour le dommage corporel, la notion de responsabilité n'est pas ce qui ouvre le droit : c'est l'implication d'un véhicule terrestre à moteur. Le montant résulte de l'évaluation de chaque poste de préjudice selon le principe de réparation intégrale, et non de l'application d'un pourcentage de responsabilité.
Qu'est-ce que l'implication d'un véhicule ?
C'est le fait, pour un véhicule terrestre à moteur, d'être intervenu à un titre quelconque dans la survenance de l'accident. La notion est plus large que la causalité : un véhicule peut être impliqué sans avoir causé le choc, sans faute, et même à l'arrêt.
Un passager peut-il être considéré comme responsable ?
Le passager est une victime non conductrice au sens de la loi du 5 juillet 1985. Seule une faute inexcusable de sa part, cause exclusive de l'accident, pourrait lui être opposée. La faute du conducteur qui le transportait ne lui est pas imputable.
Le bonus-malus a-t-il un effet sur l'indemnisation ?
Non. Le coefficient de réduction-majoration détermine le montant de la prime d'assurance. Il est sans incidence sur l'étendue du droit à réparation du dommage corporel.
Que se passe-t-il en cas d'accident sans aucun tiers impliqué ?
La loi Badinter ne joue pas au profit du conducteur seul en cause, faute d'autre véhicule impliqué. L'indemnisation peut alors relever de la garantie du conducteur, d'une garantie accidents de la vie, ou d'autres couvertures contractuelles, dont l'étendue dépend du contrat souscrit.

Cet article a une vocation strictement informative. Il ne constitue pas un conseil juridique. L'application des règles présentées à une situation particulière relève d'un avocat.

Vous avez une question sur votre situation ?

Décrivez-la brièvement. Un avocat indépendant prendra connaissance de votre message et vous recontactera.

Nous contacter