Statue de la justice

Infection contractée à l'hôpital : qui indemnise, et jusqu'où ?

Infection nosocomiale : responsabilité sans faute de l'établissement, seule exonération par la cause étrangère, transfert de la charge à l'ONIAM au-delà de 25 % d'atteinte permanente ou en cas de décès.

Par Henry Houlier, directeur de la publicationHH Conseil
Publié le

N'est pas avocat et ne délivre aucun conseil juridique : les articles exposent des règles générales, jamais l'appréciation d'une situation particulière. Comment ces contenus sont écrits et vérifiés.

Réponse courte

L'établissement de santé répond de plein droit des infections nosocomiales : aucune faute n'a à être prouvée, et il ne peut s'exonérer qu'en établissant une cause étrangère. Au-delà d'un taux d'atteinte permanente de 25 %, ainsi qu'en cas de décès, la charge de l'indemnisation est transférée à l'ONIAM. Le praticien libéral, lui, n'engage sa responsabilité qu'en cas de faute.

C'est l'un des rares terrains du droit médical où la victime n'a pas à démontrer un manquement. Encore faut-il savoir contre qui se tourner, et la réponse dépend de deux variables : le lieu des soins et la gravité des séquelles.

Ce qu'est une infection nosocomiale

C'est une infection contractée à l'occasion de la prise en charge et qui n'était ni présente ni en incubation au moment de l'admission. La question de savoir si une infection remplit ces conditions est médicale : elle dépend du délai d'apparition, du germe en cause et de l'existence d'un foyer antérieur — elle constitue le premier point de l'expertise.

Le régime : responsabilité sans faute des établissements

L'article L. 1142-1 du code de la santé publique met les infections nosocomiales à la charge des établissements, services et organismes de santé sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. Aucune faute n'a donc à être démontrée : ni défaut d'asepsie, ni manquement à un protocole.

La cause étrangère est d'interprétation stricte : elle suppose un évènement extérieur, imprévisible et irrésistible. L'état de santé du patient, sa fragilité ou son immunodépression ne constituent pas en eux-mêmes une cause étrangère — c'est ce que les établissements invoquent le plus souvent, et c'est ce qui se discute.

En revanche, un praticien exerçant à titre libéral n'entre pas dans ce régime : sa responsabilité ne peut être engagée qu'en cas de faute.

Le seuil de 25 % : qui paie

Le texte organise un transfert de charge. En deçà d'un taux d'atteinte permanente de 25 %, c'est l'assureur de l'établissement qui indemnise. Au-delà de ce taux, ainsi qu'en cas de décès, la charge est transférée à l'ONIAM, au titre de la solidarité nationale.

Ce seuil ne conditionne donc pas le droit à indemnisation : il désigne le débiteur. Il ne se confond pas avec le seuil de gravité de l'article D. 1142-1, qui gouverne l'accès à la procédure devant la commission — deux seuils voisins, d'objets différents, régulièrement confondus.

L'ONIAM conserve, dans certains cas, une action récursoire contre l'établissement lorsqu'une faute établie est à l'origine du dommage.

Les démarches

Demander le dossier médical complet, y compris les résultats bactériologiques et les comptes rendus de suivi, qui portent l'essentiel de la démonstration. Saisir la commission de conciliation et d'indemnisation lorsque le seuil de gravité est atteint, ou le juge dans le cas contraire.

Le délai est celui de l'article L. 1142-28 : dix ans à compter de la consolidation du dommage, et non de l'hospitalisation.

Le cadre général figure sur notre page accident médical. L'appréciation d'une situation particulière suppose l'examen du dossier et relève d'un avocat.

Questions fréquentes

Faut-il prouver une faute de l'hôpital ?
Non, pour un établissement de santé : sa responsabilité est engagée de plein droit, et il ne peut s'exonérer qu'en établissant une cause étrangère. Pour un praticien exerçant à titre libéral, en revanche, une faute doit être démontrée.
La fragilité du patient est-elle une cause étrangère ?
En principe non. La cause étrangère suppose un évènement extérieur, imprévisible et irrésistible. L'état de santé du patient, son âge ou une immunodépression ne présentent pas ces caractères et ne suffisent donc pas à exonérer l'établissement.
Quelle différence entre le seuil de 25 % et celui de 24 % ?
Ils n'ont pas le même objet. Le taux de 25 % désigne le débiteur en matière d'infection nosocomiale : au-delà, la charge passe de l'établissement à l'ONIAM. Le seuil de l'article D. 1142-1, atteint notamment par un taux supérieur à 24 %, conditionne l'accès à la procédure devant la commission.
À partir de quand court le délai de dix ans ?
À compter de la consolidation du dommage, et non de l'acte de soin ou de l'hospitalisation. Ce point de départ retardé, prévu par l'article L. 1142-28 du code de la santé publique, laisse ouverts des dossiers anciens que l'on croit souvent prescrits.

Cet article a une vocation strictement informative. Il ne constitue pas un conseil juridique. L'application des règles présentées à une situation particulière relève d'un avocat.

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