Relecture d'un document avant signature

L'assureur oppose un état antérieur : quelle est sa portée ?

Arthrose préexistante, antécédent lombaire, pathologie latente : ce que le droit de la réparation intégrale permet réellement de déduire au titre d'un état antérieur.

Par Henry Houlier, directeur de la publicationHH Conseil
Publié le

N'est pas avocat et ne délivre aucun conseil juridique : les articles exposent des règles générales, jamais l'appréciation d'une situation particulière. Comment ces contenus sont écrits et vérifiés.

Réponse courte

Un état antérieur qui ne se manifestait pas avant l'accident ne réduit pas, en principe, le droit à réparation : la jurisprudence considère que la prédisposition pathologique demeurée latente et révélée par le fait dommageable ne peut fonder une réduction. Ce qui peut être déduit, c'est le déficit qui existait déjà et se manifestait déjà.

L'argument est fréquent dans les rapports d'expertise : « arthrose cervicale préexistante », « antécédents lombaires », « terrain anxieux ». Il conduit à minorer le taux retenu, parfois de plusieurs points. Sa portée juridique est pourtant précise.

Le principe : la réparation intégrale s'apprécie sur la personne réelle

Le droit français ne répare pas le dommage qu'aurait subi une personne moyenne en bonne santé, mais celui qu'a effectivement subi la victime, avec ses caractéristiques propres. La Cour de cassation juge de façon constante que le droit de la victime à obtenir l'indemnisation de son préjudice corporel ne saurait être réduit en raison d'une prédisposition pathologique lorsque l'affection qui en est issue n'a été provoquée ou révélée que par le fait dommageable.

Autrement dit : une pathologie latente, qui n'entraînait aucune gêne avant l'accident, ne constitue pas une cause de réduction. Une arthrose visible à l'imagerie mais parfaitement asymptomatique relève de cette hypothèse.

La distinction déterminante

  • État antérieur latent, révélé par l'accident. Il n'ouvre pas droit à déduction : c'est l'accident qui a fait passer la victime d'un état sans retentissement à un état invalidant.
  • État antérieur déjà symptomatique et déjà évalué. Seule la part de déficit qui existait et se manifestait déjà avant l'accident peut être distinguée. Encore faut-il qu'elle soit documentée par des éléments médicaux antérieurs.
  • Évolution propre d'une pathologie indépendante. Une affection qui aurait évolué de la même façon sans l'accident relève d'une autre cause ; la démonstration en incombe à celui qui l'invoque.

La question de l'aggravation d'un état préexistant

Lorsqu'un état antérieur existait et se manifestait, l'accident peut l'avoir aggravé. Le dommage réparable est alors l'aggravation elle-même : la différence entre l'état constaté après consolidation et l'état documenté avant l'accident. Cette approche suppose que le médecin dispose des pièces médicales antérieures — ce qui n'est pas toujours le cas au moment de l'examen.

La preuve

Invoquer un état antérieur, c'est soutenir un fait. La charge de la preuve pèse sur celui qui l'invoque, et elle suppose des éléments concrets : compte rendu d'imagerie antérieur, dossier médical, arrêts de travail passés, traitement en cours avant l'accident. Une mention générique dans un rapport, sans pièce à l'appui, est discutable.

À l'inverse, il est utile pour la victime de pouvoir démontrer son état fonctionnel antérieur : activité professionnelle exercée sans restriction, pratique sportive, absence d'arrêt de travail ou de suivi pour la zone concernée.

Les postes concernés

La discussion porte le plus souvent sur le déficit fonctionnel permanent, mais elle rejaillit sur les postes qui en dépendent : incidence professionnelle, besoin en tierce personne, préjudices futurs capitalisés. Une déduction opérée en amont se propage donc à l'ensemble du calcul.

La démarche

Le débat est d'abord médical : il se conduit utilement avec un médecin de recours, qui peut discuter la lecture des pièces et le raisonnement suivi. Sa traduction juridique — ce qui peut ou non être déduit — relève d'un avocat.

Questions fréquentes

Une arthrose préexistante réduit-elle l'indemnisation ?
Pas si elle était asymptomatique avant l'accident. La Cour de cassation juge que le droit à indemnisation ne saurait être réduit en raison d'une prédisposition pathologique lorsque l'affection qui en est issue n'a été provoquée ou révélée que par le fait dommageable.
Qui doit prouver l'existence d'un état antérieur ?
La preuve incombe à celui qui l'invoque. Elle suppose des éléments médicaux antérieurs à l'accident : imagerie, dossier médical, traitements ou arrêts de travail documentés.
Que répare-t-on lorsqu'un état antérieur était déjà symptomatique ?
L'aggravation, c'est-à-dire l'écart entre l'état constaté après consolidation et l'état documenté avant l'accident. Cette évaluation suppose que les pièces médicales antérieures soient au dossier.

Sources et références

Textes et documents consultés pour écrire cet article, dans leur version publique. Notre méthode de vérification.

Cet article a une vocation strictement informative. Il ne constitue pas un conseil juridique. L'application des règles présentées à une situation particulière relève d'un avocat.

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